La Cause de l'Ego

  • Posted on: 6 March 2016
  • By: admin-principal

Voici la cause de l'ego : bien que, par son double pouvoir de vidyâ et d'avidyâ, l'Esprit ait pour demeure à la fois la conscience du multiple, du relatif, et la conscience de l'unité, de l'identité, bien qu'il ne soit donc pas lié par l'ignorance, il peut, cependant, s'identifier dans sa conscience mentale avec l'objet en mouvement, et s'y absorber jusqu'à l'exclusion apparente de la Connaissance, qui subsiste, voilée, par-delà la mentalité. La Pensée dans la Nature en arrive donc à concevoir l'objet comme la réalité et l'Identique comme limité et déterminé par les apparences de cet objet. Dans cet objet elle ne reconnaît plus l'univers même, sous l'aspect d'une de ses représentations objectives, mais l'être séparé, distinct du tout et différent, par sa nature, de tout le reste du Cosmos. C'est de même façon qu'elle conçoit aussi l'Habitant cosmique. Ceci est l'illusion de l'ignorance qui travestit toutes les réalités. Cette illusion est ahamkâra, le sens de séparativité égoïste qui fait que chaque être se pense comme une entité personnelle et indépendante.
Son résultat est l'inaptitude de l'être à entrer dans des rapports d'unité et d'harmonie avec l'univers, et, par suite, l'inaptitude à le posséder et à en jouir. Cependant, le désir de posséder et de jouir demeure l'impulsion maîtresse de l'ego qui, obscurément, se connaît comme le Seigneur, bien qu'il soit incapable dans ses limitations relatives de se réaliser comme tel. Les conséquences en sont le conflit avec soi-même et avec les autres, la souffrance physique et mentale, le sentiment de la faiblesse, de l'impuissance, de l'obscurité, la tension excessive de l'énergie dans le désir et la passion de manifestation personnelle, puis le recul de l'énergie épuisée, déçue, vers les désintégrations de la mort.
Le désir, signe d'assujetissement, est inséparable du conflit et de la souffrance. Ce qui est libre, un, souverain, ne désire pas, mais de façon inaliénable contient, possède et jouit.

Sri Aurobindo - Commentaires sur l'Isha Upanishad